Joseph Bonaparte…

C’est encore un peu de l’histoire de France avec Joseph Bonaparte et Julie Clary, comte et comtesse de Survilliers, qui va toucher le village.

Joseph Bonaparte

L’histoire remonte en 1793, à Marseille. On y parle beaucoup des événements de Toulon, récemment repris aux Anglais par le général Dugommier et par un jeune capitaine corse qui ne paie pourtant pas de mine : Napoléon Bonaparte…

Là-bas, dans l’île, furieux de voir les Bonaparte le laisser tomber et faire carrière sur le continent, l’autonomiste Paoli s’en prend à leur mère et fait incendier sa maison à l’instant  même où elle s’échappe pour rejoindre Joseph et Napoléon. Finalement, toute la famille se retrouve à Bandol, puis à Toulon, puis à Marseille. C’est à cette époque que les deux aînés fréquentent la maison Clary, une famille aisée qui respire la joie de vivre. A vrai dire, ils fréquentent surtout les deux jolies filles de la maison : Julie et Désirée, qui vont connaître, de par la grâce de ces soupirants aux dents longues, une vie pour le moins mouvementée ! Bientôt, l’aîné Joseph épouse Julie, Napoléon, lui, a quelques difficultés avec Désirée, d’autant plus que le père Clary estime qu’ « il y a assez d’un Bonaparte dans la maison… ».

Il « oublie » Désirée, ou fait semblant, si l’on en croit la littérature qui a romancé cette passion célèbre. Désirée épousera Bernadotte et deviendra reine de Suède.

Napoléon se distingue en Italie, puis en Egypte. Il bouscule le Directoire en Brumaire, tombe dans les bras de Joséphine et devient premier consul…

Joseph et Julie s’installent à Mortefontaine (acheté avec l’argent du père Clary ?) à deux pas de Survilliers. Jusqu’à la Révolution le domaine de Mortefontaine relevait de la paroisse de Survilliers. Napoléon et Joséphine eux, sont à la Malmaison.

Tout va bien, l’Empire n’est pas loin : Napoléon veille sur tout, sur l’Histoire avec un grand « H » et sur sa famille. Il charge Joseph de négocier à Mortefontaine le traité d’alliance avec le gouvernement américain du président Adams. Les Etats-Unis récupèrent ainsi la Louisiane en 1803. Il remarie sa sœur Pauline au prince Borghese mais s’abstient de venir pour le mariage à Mortefontaine car Pauline lui joue un tour qu’il apprécie peu : veuve depuis huit mois seulement, elle ne respecte pas le délai légal et avance la date de la cérémonie sans le consentement du premier consul…

L’Empire est là ! La pétillante Désirée rechigne à suivre son Bernadotte en Suède…

Julie accompagne Joseph à Naples puis en Espagne. Les années filent bien vite.

Arrive Waterloo, la Restauration, la disgrâce.

Les Bonaparte s’exilent et changent de nom. Joseph et Julie choisissent celui de « comte et comtesse de Survilliers » en souvenir des belles années du Consulat. L’un part aux Etats-Unis, où il avait sans doute quelques relations depuis le traité de Mortefontaine, l’autre partage son temps entre Bruxelles où elle habite et l’Italie où elle retrouve les membres de la famille. Elle veille à l’éducation de ses filles, les « demoiselles de Survilliers » : Zénaïde et Charlotte. Zénaïde épousera Charles Lucien Bonaparte, le deuxième prince de Canino.

Charlotte, après avoir mis à profit les leçons de dessin qu’elle a reçues par le peintre David, épousera le fils aîné de la reine Hortense et deviendra ainsi la belle-sœur du futur Napoléon III. Née à Mortefontaine le 31 décembre 1804, elle mourut à Sarzane, en Italie, en 1839.

Après le départ de Joseph et Julie, la famille Clary conservera le domaine de Survilliers jusqu’en 1837. A cette époque, il était géré par une famille Poulet dont il reste quatre tombes dans le cimetière de Survilliers.

C’est le 20 octobre 1798, à l’audience des criées du tribunal civil de la Seine que Joseph Bonaparte acheta, des héritiers de Durney, banquier guillotiné, le château et la terre de Mortefontaine, qui avaient appartenu jadis aux Le Pelletier. C’était une magnifique propriété, à quarante kilomètres au nord de Paris, en bordure de la forêt d’Ermenonville. Le château, de style Louis XVIII, était composé d’un seul corps de bâtiment, surélevé d’un second étage aux deux extrémités. Son assise, de plain-pied avec la large allée qui l’entoure, ses hautes baies espacées, ses grands toits d’ardoise aux pentes raides et percées de lucarnes lui donnaient une solidité qui lui permit de traverser révolutions et guerres sans en souffrir. Le domaine se composait alors de 274 hectares de prés, de 295 hectares de terre, bois et friches ; de deux moulins, d’un hameau de huit maisons, de plusieurs magnifiques étangs poissonneux, sans compter les parcs, fabriques, potagers, pépinières et les diverses dépendances du château. Le tout fut adjugé 258 000 francs comptant, plus 5000 francs de rente viagère. Depuis la Révolution, le château n’avait pas été habité, les étangs n’avaient pas été curés, les allées avaient été envahies par l’herbe et les ronces. En un an, Joseph fit tout remettre en état. Progressivement, il agrandit le domaine : le 6 mai 1803, en particulier, il acheta à Cambiago, sénateur de la République ligurienne, le domaine de Survilliers, canton de Luzarches, pour le prix de 236 000 francs et ce sera de cette terre qu’il prendra le nom après la chute de l’Empire.

Durant quinze ans, Mortefontaine fut sa distraction favorite et aussi le havre de paix où il voulait revenir lorsque ses difficultés de souverain espagnol l’accablaient. Et Joseph, exilé aux Etats-Unis, devenu le comte de Survilliers, recréait dans son vaste domaine de Point-Breeze tout ce qu’il avait conçu pour aménager et embellir celui de Mortefontaine et si, pendant les dix-huit années qu’il y vécut, il songeait à son passé, ce n’était pas les palais du Luxembourg, de Naples ou de Madrid qu’il regrettait, mais son calme et champêtre Mortefontaine.

Attentif aux usages locaux, Joseph les respecta scrupuleusement à Survilliers et, tout frère de l’empereur qu’il était, il se montra bon citoyen : les documents d’archives le prouvent.

Il était donc normal que la commune honorât par une plaque posée en 1985 dans le parc de la mairie la mémoire d’un citoyen célèbre qui, ne serait-ce que par son pseudonyme du temps d’exil, inscrivit le nom du village dans l’histoire de France.