Avance extrême des reconnaissances allemandes au nord de Paris, les 3 et 4 septembre 1914

Par F. Frédéric-Moreau (1923)

les tranchées

Après avoir franchi l'Oise, le 1er septembre, l'armée allemande, poussant devant elle la nôtre en retraite, s'avançait par les deux grandes routes parallèles de pénétration, de Pont-Sainte-Maxence vers Senlis et de Creil vers Chantilly, en direction de Paris. La colonne ennemie venant de Pont-Sainte-Maxence entre le 2 septembre, à la fin de la journée, à Senlis, qu'elle incendie; celle venant de Creil arrive à Chantilly le 3 septembre à 9 heures du matin.

Leurs avant-gardes traversent la Thève et continuent jusqu'à la route qui va de Plailly à Lamorlaye par La Chapelle­en-Serval, Orry et Coye. C'est leur voie transversale de communication la plus avancée, au sud de laquelle ne sont poussées que de faibles reconnaissances : jusqu'à Survilliers sur la grande route de Senlis et jusqu'à Luzarches sur celle de Chantilly.

Le mardi 1er septembre, dans la matinée, le général Galliéni, fort anxieux, était allé conférer avec le général Maunoury, à Creil.

Le lendemain 2 septembre, à la fin de la journée, le général de Lamaze, commandant le groupe des divisions de réserve, réunit, à Luzarches, les officiers généraux placés sous ses ordres. Il enjoint aux agents des contributions et des postes d’évacuer la ville avec leurs caisses, après avoir effectué les destructions réglementaires. Vers sept heures du soir, ses troupes arrivent harassées; les 109ème et 110ème brigades font halte sur la route de Luzarches à Lassy, puis, au milieu de la nuit, reprennent leur marche vers le sud-est pour aller bivouaquer, à quelques kilomètres en arrière, sur la ligne Puiseux-Villeron-Vémars.

C'est le moment d'angoisse extrême où le Gouvernement quitte Paris. Les défenseurs de la capitale s'attendent, en effet, pour le lendemain, à entendre le canon ennemi et à voir la ruée allemande déferler jusqu'à eux ... mais, au lieu de ce tumulte redouté, apparaissent seulement, dans la journée du 3 septembre, quelques uhlans poussant une pointe timide vers les confins de la plaine silencieuse et tranquille.

Un détachement de cavaliers ennemis campe, le 3 et 4 septembre, à La Chapelle-en-Serval (derrière le château). La lisière des forêts marqua, pendant deux jours, la limite entre les positions des deux armées. Au-delà de cette ligne, les éclaireurs allemands se heurtent à nos postes et à nos patrouilles.

A Survilliers, le 3 septembre, quelques cavaliers ennemis arrivent de La Chapelle-en-Serval par la traverse. Dans la nuit précédente, un habitant dit avoir rencontré, près de là, une patrouille allemande, au croisement du chemin de Survilliers à Vémars et du pavé de Marly-la-Ville à Saint-Witz. Ils n'allèrent pas plus loin de ce côté.

A trois kilomètres à l'est de Survilliers, quelques éclaireurs allemands furent, à Saint-Witz, reconnaître les points d’eau ; à l'ouest, deux cyclistes se seraient jetés dans nos fils de fer au carrefour de la grande route de Senlis et du chemin de Survilliers à la gare.

Aucun soldat allemand n'a été signalé sur la route de Survilliers à Luzarches. C'est seulement à Plailly et à Mortefontaine (où un engagement a lieu le 2 septembre au soir) que l'on constate le 2 et le 3 septembre) le passage de troupes ennemies de diverses armes qui, venant de Senlis et de Borest, à la suite de notre armée en retraite, traversent les villages sans s'y arrêter, pour gagner la direction de Saint­Soupplets et de Meaux, Plailly est le point limite par lequel passa la ligne de glissement vers le sud-est de l'extrême droite allemande.

A partir du 5 septembre, jour où s'engagea la bataille de l'Ourcq, on ne vit plus d'ennemis aux environs de Luzarches ni de Survilliers. Ils restèrent quelques jours de plus dans la région de Chantilly.